Endométriose digestive : quels sont les symptômes ?
Endométriose
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Souvent perçue comme une maladie du système gynécologique, l’endométriose peut pourtant s’étendre à d’autres organes, notamment au système digestif.
Une endométriose digestive est évoquée lorsqu’une femme atteinte d’endométriose présente des troubles digestifs importants. Mais ce diagnostic ne peut être confirmé qu’en cas de lésions visibles dans le tube digestif à l’imagerie. C’est là toute la difficulté : ces symptômes digestifs peuvent aussi être liés à d’autres causes, sans qu’aucune atteinte digestive liée à l’endométriose ne soit retrouvée.
D’où l’importance de bien distinguer les situations, pour poser le bon diagnostic, et réserver le terme « endométriose digestive » aux cas avérés. Faisons le point !
L’endométriose, une maladie qui dépasse l’utérus
L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique, caractérisée par la présence, en dehors de l’utérus, du tissu semblable à celui de la muqueuse utérine (celui que l’on perd lors des règles). Ce tissu réagit aux cycles hormonaux, saigne pendant les règles et provoque des lésions, des douleurs ainsi qu’une réaction inflammatoire.1 Pour en savoir plus, retrouver notre article « Endométriose : comment en reconnaître les signes ? »
Localisations possibles de l’endométriose. Les points rouges indiquent les zones où l’endométriose peut se développer.
Les organes gynécologiques sont les plus souvent atteints (le vagin, la face extérieure de l’utérus (dite face séreuse) ou encore le muscle de l’utérus en cas d’adénomyose, les ovaires, les trompes, les ligaments utérins, notamment les ligaments ronds ou plus fréquemment les ligaments utéros-sacrés, ainsi que leur zone de jonction avec l’utérus dite “torus uterinum” …).
Mais les lésions d’endométriose peuvent également atteindre le système digestif : anus, rectum, côlon, appendice, intestin grêle.1-3
Qu’appelle-t-on « endométriose digestive » ?
On parle d’endométriose digestive lorsque les lésions d’endométriose se développent directement sur les organes du tube digestif. Cette forme fait partie de l’endométriose pelvienne profonde, une forme où les tissus d’endométriose s’infiltrent en profondeur dans les organes voisins. 4
Mais attention : tous les symptômes digestifs observés chez une femme atteinte d’endométriose ne sont pas synonymes d’endométriose digestive !
Entre 50 à 60% des femmes atteintes d’endométriose rapportent des troubles digestifs : ballonnements, douleurs abdominales, transit irrégulier, parfois alternance entre constipation et diarrhée… Des signes qui font penser au syndrome de l’intestin irritable.5
Ces symptômes sont donc a priori très fréquents, mais ne signifient pas forcément que le tube digestif est touché. En réalité, les études actuelles estiment que seules 20 à 35 % des femmes atteintes d’endométriose présentent une forme profonde de la maladie6,7, et parmi elles, 6 à 30 % ont une endométriose digestive “vraie”,4,5,8 c’est-à-dire avec des lésions visibles en imagerie sur le tube digestif. Au total, cela représente donc environ 1 à 10 % de l’ensemble des femmes concernées par l’endométriose.
Autrement dit, l’endométriose digestive reste une forme relativement rare.
Troubles digestifs et endométriose : d’autres causes possibles ?
En pratique, il existe deux autres causes possibles à des symptômes digestifs associés à l’endométriose sans lésion digestive directe :
- Une autre cause associée à l’endométriose
Certaines femmes présentent une endométriose non digestive mais souffrent en parallèle d’une autre pathologie digestive ou pelvienne qui explique l’importance de leurs symptômes digestifs : – un syndrome du côlon irritable, une congestion pelvienne (mauvais retour veineux dans le petit bassin), un syndrome d’hypersensibilisation pelvienne (le système nerveux devient hypersensible à la douleur) ou encore une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique). 5,9,10
Dans ce cas, le médecin devra identifier et traiter cette pathologie de façon spécifique en plus de l’endométriose.
- Pas de lésion digestive, pas d’autre cause associée, mais un impact de l’endométriose sur la digestion
Parfois, les examens ne montrent aucune autre maladie, ni aucune lésion d’endométriose digestive, et pourtant les troubles digestifs sont bien réels.
En cause ? L’inflammation causée par l’endométriose, surtout pendant les règles, peut irriter les organes voisins (comme les intestins ou le rectum).5
De plus, le sang des règles, qui s’accumule dans la cavité pelvienne, et la proximité entre les organes expliquent en partie ces réactions inflammatoires.
Résultat : douleurs abdominales, ballonnements, transit irrégulier, parfois nausées ou crampes.
Quels symptômes digestifs doivent alerter ?
Certains symptômes peuvent orienter vers un diagnostic d’endométriose digestive, car ils peuvent être le signe de la présence de lésions au niveau du tube digestif :
- Alternance de diarrhées et de constipation, souvent aggravée pendant les règles, mais pouvant aussi survenir en dehors des périodes menstruelles.2,3
- Gaz intestinaux “par poussées”. 3
- Douleurs en allant à la selle (appelées dyschésie), parfois décrites comme une tension douloureuse au passage des selles.2,3 Lorsque ces douleurs surviennent de façon plus marquée au moment des règles, elles doivent faire rechercher une endométriose profonde.
- Présence de sang dans les selles au moment des règles (dit rectorragies cataméniales). 2,3
- Ballonnements et occlusions, avec sensation de ventre gonflé, gaz bloqués, arrêt du transit (souvent appelé endobelly).3,11
- Douleurs et gonflement du ventre suivi de fortes diarrhées (Syndrome de Koenig).2
- Douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie profonde)2 Pour en savoir plus, lire notre article « Endométriose & sexualité : quand la douleur s’en mêle ! »
Comment confirmer le diagnostic d’endométriose digestive ?
En présence de ces signes, un bilan spécifique devra être réalisé pour confirmer ou non une atteinte digestive, et évaluer au mieux les possibilités de traitement en précisant la localisation des lésions et leur nombre. Voici les principaux examens complémentaires pour évaluer une endométriose digestive : 2,12,13
- IRM abdomino-pelvienne : examen clé pour repérer une atteinte des structures pelviennes et digestives.
- Échographie endovaginale : particulièrement utile pour analyser le vagin, la vessie et le rectum.
- Rectosonographie : échographie endovaginale avec instillation d’eau en intra-rectal pour mieux visualiser le nodule digestif.
- Écho-endoscopie rectale : donne des précisions sur le degré d’envahissement du rectum par un nodule.
- Coloscanner : utilisé pour préciser la localisation et l’extension des lésions au niveau du côlon.
- Coloscopie : permet d’observer la face interne du côlon (dite luminale), par les voies naturelles, au cours d’une courte anesthésie générale. Cet examen est souvent réalisé en cas de saignement digestif inexpliqué ou de trouble du transit, afin d’éliminer d’autres diagnostics de l’endométriose (autres maladies qui pourraient causer des symptômes digestifs). Néanmoins, il a souvent peu d’utilité en endométriose car les lésions se trouvent majoritairement sur la face externe du tube digestif (face dite extra-luminale ou intra-abdominale), et sont donc non visibles à la coloscopie (qui visualise sa face interne).
Ces examens doivent être réalisés et interprétés par des spécialistes formés et experts en endométriose, car les lésions sont parfois discrètes et difficiles à détecter.
Conclusion
L’endométriose digestive se définit par la présence de lésions d’endométriose visibles à l’imagerie sur le tube digestif. Elle est principalement suspectée en cas de douleurs à la défécation, de douleurs pendant les rapports sexuels, d’alternance entre diarrhée et constipation ou de sang dans les selles, en particulier lorsque ces symptômes sont cycliques et s’intensifient autour des règles.
Toutefois, ces symptômes peuvent aussi survenir sans lésion digestive directe, du fait d’une inflammation pelvienne voisine liée à l’endométriose ou d’une autre pathologie associée (comme le syndrome de l’intestin irritable ou une maladie inflammatoire digestive).
Ces situations sont plus fréquentes que l’endométriose digestive « vraie », qui reste une forme plus rare de la maladie. Il convient donc de dépister ces pathologies et de les prendre en charge de manière spécifique.
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Références
- Endométriose : une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue [Internet]. Paris : Inserm ; 2024 [consulté le 14 oct 2025]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/
- Centre lyonnais de chirurgie digestive. Endométriose digestive [Internet]. Lyon ; 2025 [consulté le 14 oct 2025]. Disponible sur : https://www.chirurgien-digestif.com/endometriose-digestive
- Troubles digestifs et endométriose [Internet]. 2025 [consulté le 14 oct 2025]. Disponible sur : https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/symptomes-endometriose/troubles-digestifs/
- Mais Laetitia. L’endométriose digestive. La Revue du Praticien. 2022 ;72 :193-197
- Palazzo L, Roseau G. Comment faire le diagnostic d’une endométriose rectosigmoïdienne ?Post’U. 2013:281-92.
- Hôpital Bichat – Claude-Bernard. Endométriose [Internet]. Paris : Assistance Publique–Hôpitaux de Paris ; 2025 [consulté le 14 oct 2025]. Disponible sur : https://hopital-bichat.aphp.fr/endometriose-2/
- Imperiale A, et al. Three Types of Endometriosis: Pathogenesis, Diagnosis and Treatment. State of the Art. J. Clin. Med. 2023, 12, 994.
- Régenet N, et al. Endométriose colorectale : diagnostic et prise en charge. Ann Chir. 2001 :734-42.
- Perry C P. Current Concepts of Pelvic Congestion and Chronic Pelvic Pain. JSLS. 2001 ;5:105-10.
- Riant T, Labat J-J. Algies pelvi-périnéales anorganiques ou dysfonctionnelles. Post’U. 2012 :231-40.
- Velho R V, Werner F, Mechsner S. Endo belly: What is it and why does it happen?—A narrative review. J Clin Med. 2023 ;12 :7176.
- Haute Autorité de Santé, Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Prise en charge de l’endométriose : recommandations de bonne pratique; 2017
- Assurance Maladie. Endométriose : symptômes, diagnostic et évolution [Internet]. Ameli.fr ; 2025 [consulté le 14 oct 2025] Disponible sur :https://www.ameli.fr/paris/assure/sante/themes/endometriose/symptomes-diagnostic-evolution
FR-TW-1025-006
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Pour aller plus loin sur le sujet de l’endométriose,
voici quelques ressources fiables sélectionnées par L’équipe Think Women
Centre lyonnais de chirurgie digestive – Dossier : Endométriose digestive. Un dossier complet pour comprendre les symptômes, les examens, les traitements et les informations importantes à connaître si la chirurgie est envisagée. Disponible en ligne : https://www.chirurgien-digestif.com/endometriose-digestive
EndoFrance – Article : Troubles digestifs et endométriose. Disponible en ligne : https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/symptomes-endometriose/troubles-digestifs/
CHU de Rouen – Vidéo: Témoignage d’Emilia, patiente atteinte d’endométriose digestive.
Disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=GvkSSNYxRog
CHU médical – Vidéo : Dr Elodie Chantalat – Endométriose : « Aujourd’hui, on ne peut pas se dire qu’on opère la patiente et c’est terminé ». Définition, symptômes, mécanismes, témoignages, prise en charge multidisciplinaire.
Disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=_XwlKJK5zbE



