Endométriose & sexualité : quand la douleur s’en mêle !
Endométriose
L’équipe Think Women,
spécialisée en santé de la femme.
Revu et approuvé par
Pessac
Des chiffres qui interpellent : selon l’enquête française « sexualité, couple et endométriose » réalisée par ENDOmind 2025, menée sur 1 152 patientes, 51 % des femmes atteintes d’endométriose estiment que leur maladie a un impact très important sur leur vie sexuelle, et 86,5% d’entre elles considèrent avoir une vie sexuelle réduite. Un impact que les femmes expliquent principalement par des douleurs pendant les rapports (dyspareunies) et un manque de désir.1 Longtemps passées sous silence, ces réalités intimes restent encore taboues.1 Il est temps de briser ce silence. Commençons par en parler, ici, ensemble et sans détour.
Endométriose & sexualité : état des lieux
Les données convergent : la majorité des femmes atteintes d’endométriose déclarent que leur vie sexuelle est diminuée, parfois jusqu’à l’arrêt complet des rapports.1-5
Douleurs et manque de désir
Les douleurs lors des rapports (dyspareunies) sont au cœur des difficultés : près de 98 % des femmes interrogées par ENDOmind en ont déjà souffert, dont plus de 40 % « à chaque rapport » ou « régulièrement ». Ces douleurs ne se limitent pas à la pénétration elle-même : elles surviennent plutôt au fond du vagin, au moment du rapport sexuel, et peuvent survenir lors de simples caresses, et même persister ou apparaître après l’acte sexuel.1
Le manque de désir (baisse de libido) est également souvent rapporté par les femmes atteintes d’endométriose : près de 80 % des femmes interrogées par ENDOmind en souffrent.1
Couple et émotions à l’épreuve
On le sait, la vie de couple a ses défis : l’endométriose peut en être un de plus ! Près de 60 % des répondantes de l’étude indiquent que leur partenaire leur a déjà fait ressentir l’impact de la maladie sur leur intimité.1
Une autre étude récemment menée en France chez les conjoints masculins de femmes souffrant d’endométriose, révèle que les sentiments du partenaire sont majoritairement marqués par l’inquiétude, la compréhension et la compassion, mais 17 % d’entre eux font état de sentiments négatifs. 6 Une tendance confirmée par ENDOmind : 70 % des répondantes déclarent se sentir soutenues par leur partenaire actuel face à l’impact de la maladie sur la sphère sexuelle.
D’autres, en revanche, évoquent des tensions, voire parfois des violences psychologiques ou sexuelles : des réalités qu’il ne faut ni ignorer ni minimiser.1 Et comme souvent, le soutien d’un partenaire, bien qu’essentiel, est perçu comme une « chance » par les femmes interrogées. Même accompagnées avec bienveillance, les femmes culpabilisent et craignent de « décevoir » sur le plan sexuel.1
Un poids émotionnel important
Au-delà des douleurs physiques, de la frustration d’être entravées dans leur sexualité et dans leur couple, certaines décrivent un effet boule de neige : culpabilité, sentiment de ne « plus être une vraie femme », perte d’estime de soi, image corporelle dégradée… 56 % des femmes, interrogées par ENDOmind, affirment que l’altération de leur sexualité affecte négativement la perception qu’elles ont d’elles-mêmes.1
Endométriose & sexualité : d’où viennent ces difficultés ?
Comprendre pourquoi l’endométriose peut compliquer la sexualité, c’est déjà une première étape pour souffler un peu : non, ce n’est pas “dans votre tête” et non, ce n’est pas de votre faute. Mettre des mots sur ce qui se passe dans votre corps permet aussi de mieux en parler avec votre partenaire, pour qu’il ou elle comprenne pourquoi, parfois, le plaisir se heurte à la douleur dans vos rapports intimes.
Pour rappel, l’endométriose est une maladie inflammatoire chronique où l’on retrouve, en dehors de l’utérus, du tissu semblable à celui de la muqueuse utérine (celui que l’on perd lors des règles). Ce tissu réagit aux cycles hormonaux, saigne pendant les règles et provoque des lésions, des douleurs et une réaction inflammatoire. Pour en savoir plus, on vous conseille notre article Endométriose : comment en reconnaître les signes ? 1,2,8
Si l’endométriose peut perturber la sexualité, c’est parce que l’inflammation chronique qui accompagne la maladie rend toute la zone gynécologique (vulve, vagin, utérus, vessie, rectum : zone dite pelvienne) plus sensible. Les lésions et cicatrices provoquées par l’endométriose manquent d’élasticité : lors d’un rapport, elles peuvent tirer et provoquer une douleur vive. Par ailleurs, les nerfs de la région pelvienne, touchés par la maladie, peuvent être trop stimulés ou hypersensibles, et envoyer des signaux de douleur très intenses au cerveau lors de la pression des rapports sexuels sur ces zones. Certains traitements hormonaux de l’endométriose, eux, peuvent accentuer une sécheresse intime et parfois aussi jouer directement sur la libido. Nous vous conseillons de lire notre article Pilule et libido : on fait le point !
À cela s’ajoute, chez certaines femmes, une tension excessive des muscles autour du vagin, qui se contractent malgré elles et transforment la pénétration en épreuve : on parle alors de vaginisme, un trouble présent chez 11 % des femmes atteintes d’endométriose.
Le contexte psychologique1,2,8
Le plaisir sexuel n’est pas une mince affaire ! Il faut réussir à coordonner ce qui se passe en bas (physiquement) et ce qui se passe en haut (mentalement).
Or un certain nombre de conséquences de l’endométriose sont d’ordre psychologique : comme nous l’avons vu, culpabilité, tensions dans le couple, perte d’estime de soi, image corporelle dégradée… Une détresse psychologique qui peut parfois aller jusqu’à la dépression… Tout ceci ne fait pas bon ménage avec la libido. À cela s’ajoute la peur très compréhensible du rapport sexuel par anticipation de la douleur. 1 femme sur 2 atteintes d’endométriose redouterait les rapports sexuels pour cette raison.
L’intimité peut donc devenir source d’appréhension plutôt que de désir.
Quelles solutions pour réconcilier endométriose & sexualité ?
Bonne nouvelle : si l’endométriose ne se guérit pas encore, il existe un éventail de solutions pour mieux contrôler la maladie et ses conséquences. Nous allons ici nous concentrer sur les solutions pour parvenir à une vie sexuelle épanouie, sans douleur. Et ce ne sont pas que des mots, les témoignages de patientes le prouvent dans des rapports d’associations !1,8
Parler à son partenaire et adapter sa sexualité 1,2,8
La sexualité se vit à deux : en parler avec son partenaire est souvent une première étape déterminante.
Et cela change
vraiment les choses ! 64 % des femmes qui abordent le sujet avec leur partenaire constatent une amélioration de leur sexualité. Beaucoup de témoignages montrent qu’une sexualité plus épanouie renaît dès lors que l’on comprend que la solution n’est pas « de subir ou d’arrêter », mais d’ajuster, ensemble.
Voici quelques pistes concrètes qui peuvent aider :
- Modifier les positions sexuelles pour réduire la douleur, prolonger les préliminaires, privilégier des pénétrations lentes et progressives guidées par la femme.
- Éviter les rapports avant ou juste après les règles, périodes souvent plus douloureuses.
- Utiliser des lubrifiants ou des crèmes/ovules apaisants voire anesthésiants pour protéger les muqueuses.
- Explorer d’autres pratiques : réinventer sa vie sexuelle ensemble, en sortant du schéma centré uniquement sur la pénétration. Il y a de nombreuses formes de plaisir partagé, prenez le temps de les explorer !
- Déconstruire l’idée que l’orgasme doit être une finalité : la sexualité peut aussi être un moment de tendresse et de complicité, sans pression de performance.
Enfin, si la communication est difficile, il est tout à fait possible de consulter une aide extérieure : un(e) sexologue, un(e) psychologue ou un(e) thérapeute de couple peut vous accompagner dans ce cheminement.
Prendre soin de soi 1,2,3
Se réapproprier son corps est une autre clé. L’auto-exploration permet de mieux connaître ses zones sensibles, d’identifier les moments du cycle où les rapports sont plus faciles, et de redécouvrir ce qui procure du plaisir.
Se réconcilier avec son image corporelle est tout aussi essentiel. Retrouver une douceur envers soi-même, réapprendre à se regarder avec bienveillance.
Et surtout : ne jamais se forcer. Respecter son désir, ou son non-désir, est une règle d’or.
Le soutien ne passe pas uniquement par le partenaire : les associations et groupes de patientes permettent de briser l’isolement, de partager des témoignages positifs et de découvrir des astuces concrètes. C’est aussi parfois l’occasion de belles soirées entre filles, riches en échanges et en légèreté ! Et en cas de besoin, un accompagnement psychologique individuel peut être une ressource précieuse pour alléger le poids mental.
La prise en charge médicale de la douleur pendant les rapports sexuels 1,2,8,9,10
La prise en charge médicale de l’endométriose reste évidemment essentielle, et inclut toutes les douleurs, y compris celles ressenties pendant les rapports (les dyspareunies). Plusieurs approches complémentaires peuvent être combinées :
- Des traitements hormonaux adaptés peuvent soulager certaines patientes. Et si besoin, des soins complémentaires peuvent contrecarrer certains effets indésirables comme la sécheresse vaginale.
- La kinésithérapie pelvienne, réalisée par des kinésithérapeutes spécialisé·e·s en pelvi-périnéologie, peut aider les tissus et les muscles à retrouver plus d’élasticité et assouplir les adhérences. Des ostéopathes spécialisés peuvent également proposer une approche complémentaire.
- La technique du TENS (Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation) peut aussi être intéressante pour réduire les dyspareunies. Elle consiste à appliquer de petites électrodes à la surface de la peau pour envoyer de légers courants électriques afin d’agir sur la transmission du signal douloureux au niveau des nerfs. Le TENS est en général prescrit par un médecin (algologue, gynécologue, parfois généraliste), puis la patiente reçoit l’appareil à domicile. Encadré au départ par un professionnel, elle peut ensuite l’utiliser seule.
- Des bougies de dilatation peuvent être utilisées en cas de vaginisme, pour aider à relâcher progressivement les contractions douloureuses. Elles peuvent être proposées par une sage-femme, un(e) gynécologue, un(e) sexologue ou un(e) kinésithérapeute spécialisé(e) en pelvi-périnéologie. Là encore, les premières séances sont souvent faites avec un(e) professionnel(le) de santé, et il est ensuite possible de poursuivre en autonomie à domicile.
- L’hygiène alimentaire, la sophrologie ou encore la relaxation sont aussi des outils complémentaires qui peuvent aider à réduire l’inflammation et à mieux gérer la douleur au quotidien.
- Enfin, la chirurgie peut être proposée dans le but de réduire la douleur en cas de dyspareunies sévères et persistantes, selon les cas et la localisation des lésions. Elle vise à améliorer la qualité de vie et permettre de retrouver une sexualité épanouie. Elle peut apporter un soulagement durable ou temporaire. Dans certains cas, elle peut aussi modifier les ressentis douloureux, voire les aggraver. C’est donc toujours du cas par cas, à discuter avec un(e) médecin de confiance.
Conclusion
Endométriose & sexualité : oui, ça peut être compliqué. Mais ne baissez pas les bras ! Avec du dialogue, de la compréhension, de la bienveillance, des solutions adaptées… et un soupçon de créativité, il est possible de retrouver complicité et plaisir. Les témoignages de patientes le prouvent : une intimité épanouie reste à portée de toutes !
Avez-vous aimé cet article ?
Références
- Étude Sexualité, couple et endométriose. ENDOmind ; 2025.
- Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose. Endométriose et sexualité. Fondation-endometriose.org [Internet]. 2025 [consulté le 10 septembre 2025]. Disponible sur : https://www.fondation-endometriose.org/endometriose-sexualite/
- Millepied A-C. Dyspareunies et endométriose : expériences biographiques et cliniques des femmes. Rev Med Suisse. 2023;19(833):1258-61.
- Buggio L et al. Self-management and psychological-sexological interventions in patients with endometriosis: strategies, outcomes, and integration into clinical care. Int J Womens Health. 2017;9:281-93.
- Maulenkul T, et al. Understanding the impact of endometriosis on women’s life: an integrative review of systematic reviews. BMC Womens Health. 2024;24:524.
- Santulli P, et al. Impact of endometriosis on partners: Results from the French EndoVie survey. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2024;303:310-6. Full article à commander
- Endométriose : une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue. Inserm.fr. [Internet]. 2024 [consulté le 10 septembre 2025]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/endometriose
- My S Life, EndoFrance. Endométriose – Guide pour une sexualité apaisée. My S Life & EndoFrance; 2025.
- Lutter contre la douleur. EndoFrance.fr [Internet]. 2025 [consulté le 10 septembre 2025]. Disponible sur : https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/lutter-contre-la-douleur
- Institut régional du cancer de Montpellier. Guide pratique d’utilisation des dilatateurs vaginaux. ICM; 2013
FR-TW-1025-005
Vous pourriez aimer aussi
Pour aller plus loin sur le sujet de l’endométriose,
voici quelques ressources fiables sélectionnées par L’équipe Think Women
ENDOmind – Enquêtes : l’association propose de nombreuses enquêtes et publications pour mieux comprendre l’impact de l’endométriose sur la vie des femmes. Disponible en ligne : https://www.endomind.org/etudes
EndoFrance – Article et Guide pratique : Dyspareunie et endométriose, un dossier complet sur les douleurs pendant les rapports sexuels, avec des explications claires et la possibilité de télécharger un guide pratique en fin d’article. Disponible en ligne : https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/symptomes-endometriose/dyspareunie-douleurs-rapports-sexuels/



