Pilule et règles : comment ça marche ?
Contraception
L’équipe Think Women,
spécialisée en santé de la femme.
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Toulouse
Les règles sous pilule sont-elles de “vraies règles” ou de “fausses règles” ? Pourquoi certaines pilules donnent-elles plutôt des règles courtes et régulières, d’autres peu ou pas de règles du tout ? Est-ce “mauvais” de ne pas avoir ses règles tous les mois sous pilule ? Pourquoi ai-je parfois des “petits saignements” entre les règles sous pilule ?
Pilule et règles : un sujet qui soulève beaucoup de questions ! On démêle tout ça ensemble pour y voir plus clair !
Retour aux bases : les règles « naturelles » c’est quoi ? 1
Pour faire la lumière sur ce sujet, il faut d’abord bien comprendre comment fonctionne le cycle féminin au naturel.
Chaque mois, notre corps suit une véritable chorégraphie hormonale. Le cerveau, les ovaires et l’utérus communiquent en permanence pour préparer une éventuelle grossesse. Ce dialogue forme le cycle menstruel, d’une durée moyenne de 25 à 35 jours (de 28 jours) mais qui peut naturellement varier d’une femme à l’autre et chez une même personne en fonction des évènements de vie, de son activité physique ou de son alimentation.
1. La phase folliculaire
Au tout début du cycle, le cerveau (plus exactement l’hypophyse, une petite glande endocrine située à la base du cerveau) libère deux hormones : la FSH (hormone folliculo-stimulante) et la LH (hormone lutéinisante).
Sous leur effet, plusieurs petits sacs présents dans les ovaires (appelés follicules) commencent à se développer pour créer un ovule (appelé aussi ovocyte). L’un d’eux devient dominant (ce sera “l’élu”, celui qui donnera son ovule à la fin du cycle) : il se met alors à produire beaucoup d’œstrogènes.
Ces œstrogènes épaississent progressivement l’endomètre (la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus), comme si ce dernier préparait un “nid douillet”.
Lorsque les œstrogènes atteignent un seuil suffisant, ils provoquent la libération par le cerveau d’un pic de LH : c’est le signal de l’ovulation. Le follicule dominant va alors pouvoir libérer son ovule.
2. L'ovulation
Vers le 14ᵉ jour (dans un cycle de 28 jours), le follicule dominant libère donc un ovule : c’est l’ovulation.
Le follicule vidé devient alors le corps jaune, véritable petite glande temporaire qui va désormais produire de la progestérone.
3. La phase lutéale
Sous l’influence de la progestérone, l’endomètre déjà épaissi grâce aux œstrogènes se transforme : il devient “mature”, plus souple, plus riche en vaisseaux sanguin. Ses cellules se mettent à sécréter des nutriments : l’ensemble se prépare à accueillir et nourrir un embryon (c’est-à-dire un ovule fécondé par un spermatozoïde).
4. Grossesse ou règles
Si la fécondation a lieu, le corps jaune continue à produire de la progestérone pour maintenir le nid douillet dans l’endomètre : la grossesse a commencé.
Si aucune fécondation ne survient, le corps jaune se dégrade : les taux de progestérone et d’œstrogènes chutent.
Cette chute hormonale provoque alors la desquamation de l’endomètre, c’est-à-dire la destruction et l’écoulement de l’endomètre (il n’est plus utile qu’il soit si épais et si irrigué de vaisseaux sanguins) : ce sont les règles. Puis, le cycle peut recommencer.
La pilule : comment agit-elle ? Quel impact sur les règles ?
On pourrait dire que la pilule “prend la main” sur la chorégraphie hormonale naturelle en introduisant dans la danse des hormones synthétiques. Ses objectifs ? Empêcher l’ovulation et maintenir un endomètre défavorable à la nidation (donc ni trop épais, ni trop “mature”), et parfois pour d’autres raisons médicales spécifiques.
1. Rôle du progestatif : le chef d'orchestre de la contraception
Le progestatif est l’hormone contraceptive clé des pilules, qu’elles soient combinées (œstrogène + progestatif) ou progestatives seules. Les pilules sont classées en fonction du type de progestatif utilisé. Il existe une dizaine de variétés de pilules différentes.
Au niveau du fonctionnement, un niveau constant et stable de progestatif freine les signaux hormonaux au niveau du cerveau, en particulier la FSH et la LH, on parle de rétrocontrôle. Sans leurs effets, pas de maturation d’un ovule, sans maturation d’ovule pas de pic de LH, et donc pas d’ovulation. Au niveau du col de l’utérus, le progestatif épaissit la glaire cervicale, rendant la progression des spermatozoïdes très difficile. 2
2. Rôle de l'oestrogène
L’œstrogène vient soutenir l’effet contraceptif du progestatif. À dose stable, il freine aussi la FSH, mais moins puissamment que la progestérone.2 Son rôle est surtout d’apporter un équilibre à l’effet de la progestérone sur l’endomètre.
En effet, un niveau constant et stable de progestatif va rendre l’endomètre très fin (ce qui est bien pour empêcher la nidation). Mais cela peut le rendre aussi fragile : il peut alors s’effriter par petits morceaux, ce qui provoque de légers saignements imprévisibles, appelés spottings. Un niveau stable et constant d’œstrogène peut venir rééquilibrer tout ça 3 : il aide l’endomètre à rester un peu plus épais, réduit le risque de saignements en dehors des règles, et favorise l’apparition du saignement, pendant les jours sans hormones.
3. Impact de la pilule sur le cycle menstruel naturel
Sous pilule, le corps n’alterne plus entre phases folliculaire et lutéale. Il se trouve dans un état hormonal artificiellement stable, où les variations naturelles d’œstrogènes et de progestérone sont remplacées par un apport constant de faibles doses d’hormones synthétiques.
Si on veut faire un résumé, avec les contraceptions oestroprogestatives :
- Mise au repos des hormones naturelles donc pas d’ovulation
- Mise au repos de l’endomètre donc moins de saignement (en volume et en durée) et moins de douleurs lors des saignements
Quant à son impact sur les règles, voici ce qu'il faut comprendre
- Moins d’endomètre = moins de saignement
La pilule diminue l’épaississement et la maturation de l’endomètre. Résultat : même si l’endomètre se desquame à l’arrêt des hormones, il y a moins de « matière » à expulser. Les saignements sont plus courts, plus légers, voire absents dans certains cas.
- Hormones constantes = pas de règle
Tant que vous prenez la pilule, elle apporte un taux d’hormones constant. Or, comme seule la chute d’hormone déclenche la desquamation de l’endomètre (et donc un saignement), pas de chute d’hormones, pas de « règle ». Ainsi tant qu’elle est prise, la pilule « stoppe les règles ». Cependant elle peut, quel que soit le type de pilule, s’accompagner de spottings, car un endomètre fin est plus fragile.
- Pilule avec pause ou comprimés placebo = saignement artificiel
Selon la pilule et son schéma de prise, s’il y a des jours de pause ou des comprimés dits “placebo”, la chute hormonale aura lieu. Et cela provoquera une desquamation de l’endomètre et donc un saignement comparable à des mini “règles artificielles.” En termes médicaux, on appelle cela saignement ou hémorragie de privation. Il ne s’agit pas de « vraies règles » car l’endomètre expulsé n’est pas le même que dans le cycle naturel. Il est moins épais, moins mature et il n’est pas la conséquence des variations hormonales naturelles du cycle de la femme. Cela reste…du sang dans la culotte !
Le saviez-vous ?
Les saignements de privation ont été intégrés volontairement dans le schéma des premières pilules contraceptives. Ils n’ont pas été instaurés pour une raison médicale : historiquement, ils visaient à rassurer et ne pas perturber les utilisatrices en reproduisant un rythme mensuel.5,6,7Ainsi, l’absence de saignement de privation sous pilule (qui peut arriver sous certaines pilules et sous certains schémas de prise sans pause) n’est pas en soi un problème de santé. En d’autres termes ce n’est pas dangereux ! 5,6,8
Les types de pilules, leurs schémas de prise et l’impact sur les saignements.
Le choix de la pilule qui vous convient repose sur plusieurs paramètres à discuter avec votre professionnel de santé.
Il peut tenir compte de vos préférences en termes de saignements, mais doit aussi intégrer votre état de santé, d’éventuelles contre-indications et vos antécédents médicaux. N’hésitez pas à lire aussi notre article « Pilule, stérilet, implant, patch : comment choisir la contraception qui vous correspond ? »
1. Les deux grands types de pilules disponibles
La pilule combinée (ou oestroprogestative) contient deux types d’hormones : un œstrogène et un progestatif. 2,9
La pilule progestative seule, sans œstrogène, est indiquée pour de nombreuses femmes. Elle est souvent proposée lorsque les oestrogènes sont contre-indiqués : par exemple en cas de risque cardiovasculaire augmenté (par exemple : migraine, tabagisme, obésité, âge supérieur à 35 ans), d’antécédent personnel ou familial d’évènement thromboembolique ou d’allaitement 9,10
2. Mode de prise et effets sur les saignements
La pilule peut se prendre selon différents schémas, qui varient d’un type de pilule à l’autre. Certaines incluent des jours de pause (le nombre de jour de pause peut être différent d’une pilule à l’autre), d’autres se prennent sans interruption. 2,3,4,11,12
Selon le mode de prise, les saignements peuvent être réguliers, plus espacés, très légers… ou parfois absents, ce qui est parfaitement normal. 2,3,4,11,12
Parlez-en avec votre professionnel(le) de santé : il ou elle pourra vous aider à trouver la pilule la plus adaptée à vos besoins et à votre confort.
À noter : l’impact attendu sur les saignements est évidemment une tendance et peut changer au cas par cas !
Le point sur les spottings 13
Les spottings peuvent survenir avec toutes les pilules, qu’elles soient combinées (œstro-progestatives) ou progestatives seules. Ces spottings sont fréquents lors des premiers mois d’utilisation et rentrent dans l’ordre le plus souvent au bout de 3 à 6 mois.14 Ils sont toutefois plus fréquents avec les pilules faiblement ou très faiblement dosées, ainsi qu’avec les schémas de prise étendus ou continus.
Certains facteurs augmentent aussi ce risque :
- le tabac,
- une prise irrégulière (oubli, horaires variables),
- certains médicaments comme la contraception d’urgence,
- certaines infections
Ces petits saignements sont le plus souvent sans gravité médicale et n’altèrent pas l’efficacité contraceptive en l’absence d’oubli de pilule. Ils sont très fréquents durant les premiers mois d’utilisation et rentrent dans l’ordre le plus souvent au bout de quelques mois de prise.14
Si toutefois ils deviennent trop fréquents ou persistants, il est conseillé de consulter pour réaliser un examen clinique complet pour vérifier qu’il n’y a pas de cause sous-jacente. Et si malgré tout, les spottings persistent et qu’aucune cause spécifique n’est identifiée, un changement de pilule pourra être envisagé !
Conclusion
Sous pilule, les “règles” ne sont pas de vraies règles : ce sont des saignements de privation, liés à l’arrêt temporaire des hormones et à l’évacuation d’un endomètre plus fin et moins mature que dans un cycle naturel. Mais cela reste… du sang dans la culotte !
Leur fréquence, leur intensité ou même leur absence varient selon le type de pilule et son schéma de prise. Ne pas avoir de règles tous les mois sous pilule n’a rien de mauvais pour la santé : leur introduction dans les schémas classiques était avant tout culturelle, pas médicale.
Aujourd’hui, c’est une question de choix et de confort personnel à ajuster avec votre professionnel(le) de santé. Vous avez désormais toutes les clés pour faire un choix éclairé !
Références
- Ameli. Informations et conseils sur les règles de la jeune fille [Internet]. 2025 [consulté le 6 novembre 2025]. Disponible sur :https://www.ameli.fr/paris/assure/sante/themes/puberte/informations-conseils-regles
- Cooper P.,Patel P. Oral Contraceptive Pills [Internet]. 2024 StatPearls – NCBI Bookshelf. A service of the National Library of Medicine, National Institutes of Health [consulté le 6 novembre 2025]. Disponible sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK430882/#
- Archer DF,et al. Bleeding patterns of oral contraceptives with a cyclic dosing regimen: an overview. J Clin Med. 2022 ; 11(15):4634
- Elia D.Contraception estroprogestative sans règles [Internet]. 2022 Revue Genesis [consulté le 6 novembre 2025]. Disponible sur : https://www.revuegenesis.fr/contraception-estroprogestative-sans-regles/
- Buck E,et al. Menstrual suppression [Internet]. StatPearls – NCBI Bookshelf. A service of the National Library of Medicine, National Institutes of Health [consulté le 6 novembre 2025]. Disponible sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK592411/
- American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). General Approaches to Medical Management of Menstrual Suppression (Clinical Consensus No. 3).Obstet Gynecol 2022; 140(3):528-541.
- Dhont M. History of oral contraception.Eur J Contracept Reprod Health Care 2010; 15(Suppl 2):S12-S18
- Edelman A,et al. Continuous or extended cycle vs cyclic use of combined hormonal contraceptives for contraception. Cochrane Database Syst Rev 2023; 7:CD004695
- Haute Autorité de Santé (HAS). Contraception chez la femme adulte et l’adolescente en âge de procréer (hors post-partum et post-IVG).2019.
- Haute Autorité de Santé (HAS). Contraception chez la femme en post-partum.2019
- Nappi RE,et al. Extended regimen combined oral contraception: a review of evolving concepts and acceptance by women and clinicians. Eur J Contracept Reprod Health Care 2016; 21(2):106-115.
- Regidor P-A, Colli E.Drospirenone 4 mg in a 24/4 regimen maintains inhibition of ovulation even after a 24-h delay pill intake – Pharmacological aspects and comparison to other progestin-only pills. Eur Rev Med Pharmacol Sci 2022; 26:1994-1999
- French V. What You Should Know About Breakthrough BleedingWith Birth Control [Internet]. American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG); 2025 [consulté le 6 novembre 2025]. Disponible sur : https://www.acog.org/womens-health/experts-and-stories/the-latest/what-you-should-know-about-breakthrough-bleeding-with-birth-control
- The Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG) : https://www.cosrh.org/Common/Uploaded%20files/documents/ceuguidanceproblematicbleedinghormonalcontraception.pdf
FR-TW-0126-005
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Pour aller plus loin sur le sujet de la contraception,
voici quelques ressources fiables sélectionnées par L’équipe Think Women
Fil santé jeunes – dispositif national public d’écoute, d’information et d’orientation sur la santé, la sexualité et le bien-être : Site web. https://www.filsantejeunes.com/ et numéro vert 0 800 235 236, anonyme et gratuit, accessible de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h, 7 jours sur 7.
Santé Publique France, QuestionSexualite.fr – Site internet. Propose des contenus fiables, clairs et sans tabou sur la sexualité, la contraception, le consentement et la santé sexuelle, pensés pour répondre aux questions de toutes et tous. Disponible en ligne : https://www.questionsexualite.fr
Assurance Maladie, Ameli.fr – Dossier : Informations et conseils sur les règles de la jeune fille. Un dossier qui fait le point sur les règles. Il fournit des informations claires et pratiques pour mieux comprendre. Disponible en ligne : www.ameli.fr