Endométriose et ménopause : soulagement garanti ?

Publié le 26 janvier 2026

Endométriose

L’équipe Think Women,

spécialisée en santé de la femme.

 

Revu et approuvé par

Pr Guillaume Legendre
Gynécologue obstétricien
Angers
Publié le 26 janvier 2026

Toutes les femmes atteintes d’endométriose ont entendu cette phrase rassurante : « l’endométriose, ça disparaît à la ménopause ». Bonne nouvelle : pour l’immense majorité des femmes, c’est vrai ! Avec la chute des hormones, les foyers d’endométriose s’assèchent et les douleurs reculent. Mais la réalité est plus nuancée (comme toujours !) : environ 2 à 5 % des femmes continuent de souffrir d’endométriose après la ménopause, et certaines découvriraient même la maladie pour la première fois à cet âge.1,2,3 Cela reste extrêmement rare, mais suffisant pour se demander ce qu’il se passe vraiment quand on vit avec l’endométriose à la ménopause. Décryptage.

La ménopause

La ménopause est un phénomène naturel, qui se définit par l’arrêt des règles pendant 12 mois consécutifs (autour de 51 ans en moyenne), en lien avec l’arrêt normal de l’activité des ovaires et de la production hormonale (œstrogènes et progestérone).4 Avant cela, la préménopause (ou périménopause) s’installe doucement, environ 4 ans avant la survenue de la ménopause : cycles irréguliers, premières bouffées de chaleur, sautes d’humeur…5,6 Elle reflète une baisse de la progestérone, tandis que la production d’œstrogène fait le yo-yo avant de chuter à son tour quelques années plus tard.4 Pour une vue d’ensemble des étapes, symptômes et causes de la ménopause, retrouvez notre article “Symptômes de la ménopause : comment les reconnaître ?”

Une ménopause est dite prématurée si elle intervient avant l’âge de 40 ans, et anticipée si elle survient entre 40 et 45 ans.2

À savoir :
Parce que certaines lésions de l’endométriose peuvent altérer la fonction ovarienne, et que certains actes chirurgicaux ou traitements (comme les analogues de la GnRH) peuvent également parfois accélérer la perte de l’activité des ovaires, les femmes atteintes d’endométriose sont plus à risque de développer une ménopause prématurée ou anticipée.2
Endométriose et ménopause : les différents scénarios
Scénario #1 - Le plus fréquent : l’apaisement1,2,3,7

Libérée, délivrée ! Dans la grande majorité des cas, la ménopause agit comme un frein sur l’endométriose : sans carburant hormonal, en particulier sans œstrogènes (c’est une maladie qui se nourrit d’œstrogènes), les lésions s’éteignent. Résultat : les douleurs disparaissent, et beaucoup de femmes vivent le soulagement attendu depuis des années.

Scénario #2 – Plus rare : symptômes persistants, récidives ou nouvelles lésions1,2,3

Pour environ 2 à 5 % des femmes, les douleurs d’endométriose persistent après la ménopause. ll existe des cas avérés de lésions d’endométriose actives chez des femmes ménopausées, avec ou sans traitement hormonal substitutif de la ménopause (THM).

Ces douleurs peuvent persister parce qu’elles ont pris un caractère chronique (par exemple lorsqu’un nerf a été abîmé par la maladie ou un acte chirurgical), ou parce que des lésions anciennes se réactivent malgré la ménopause, ou même parce que de nouvelles semblent apparaître. Ces « nouvelles » lésions pourraient aussi en réalité correspondre à une maladie passée inaperçue avant la ménopause.

La science n’explique pas encore tout !

  • Chez les femmes ménopausées ne prenant pas de THM, les hypothèses actuelles évoquent le fait que le corps d’une femme ménopausée peut naturellement produire encore un peu d’œstrogènes. Cela peut être le cas dans les cellules graisseuses, ce qui explique notamment pourquoi l’obésité augmente le risque de récidive. Mais des œstrogènes peuvent aussi être produits via des mécanismes présents directement dans les lésions d’endométriose elles-mêmes. Et ces œstrogènes suffiraient à entretenir ou réactiver la maladie.
  • Chez les femmes ménopausées prenant un THM, l’explication est très certainement un mauvais équilibrage du traitement, trop riche en œstrogènes qui continuent alors de nourrir la maladie. Une étude a montré que le risque de réactivation de l’endométriose sous THM pouvait atteindre 5 % quand il contient seulement des œstrogènes pour les femmes hystérectomisées. À l’inverse, les schémas combinant œstrogène et progestatif, semblent plus adaptés aux femmes ayant des antécédents d’endométriose.
À savoir :
Les localisations les plus fréquentes d’endométriose après la ménopause sont l’ovaire et le tube digestif, posant un défi diagnostique car elles peuvent, à cet âge, mimer un cancer du côlon ou de l’ovaire. En cas de récidive douloureuse après la ménopause, la chirurgie est l’option préférée pour la prise en charge, car elle permet de réduire la douleur, d’assurer un diagnostic précis (entre endométriose et cancer) et de diminuer le risque de malignité (transformation en cancer) des lésions endométriosiques, phénomène qui reste rare.
Endométriose et ménopause : un suivi spécifique…

Même si la plupart des femmes voient leur endométriose s’éteindre à la ménopause, avoir un antécédent d’endométriose justifie un suivi sur-mesure !

Il faut en effet, à cette période de leur vie de femme, un suivi apte à prendre en compte certains sur-risques et certaines spécificités liés à l’endométriose :

  • Sur-risques à prendre en compte :2,7
    • Risque 1,5 fois plus élevé de maladie cardiaque
    • Risque 1,2 fois plus élevé d’accident vasculaire cérébral
    • Risque accru de cancer de l’ovaire, et plus légèrement pour l’utérus, la thyroïde et le sein. Mais on vous rassure : les trois premiers cancers sont rares, et la plupart des femmes atteintes d’endométriose ne les développeront jamais ! Et concernant le cancer du sein le sur-risque est très faible.
    • Et si la ménopause est précoce, le risque d’ostéoporose (os fragiles) est plus élevé.
  • Spécificités à prendre en compte :1,2,3,7
    • Présence possible de lésions d’endométriose dans le corps (si aucune chirurgie n’a été réalisée) et potentielle persistance de résidus, même en cas de chirurgie(s), voire d’ablation de l’utérus. Ces lésions ou résidus sont sensibles aux œstrogènes.

Le suivi de la santé d’une femme à la ménopause vise à la soulager des symptômes génants liés à la cette période4,8,9 et à diminuer l’impact de la baisse des productions hormonales naturelles, en particulier la baisse des œstrogènes, sur sa santé au long court.9,5,10 Car si pour les femmes atteintes d’endométriose les œstrogènes sont plus un ennemi à surveiller qu’un allié, il ne faut pas oublier que cette hormone produite naturellement dans notre corps a aussi ses bons côtés : elle exerce un effet protecteur sur le cœur, les os et même certaines fonctions cognitives (mémoire, attention, réflexion, compréhension).9

Tout l’enjeu chez une femme ménopausée atteinte d’endométriose est de trouver le bon équilibre entre les solutions qui permettent de compenser les baisses naturelles d’œstrogènes et de progestérones pour :

  • soulager les symptômes gênants de la ménopause,
  • protéger la santé au long court,
  • tout en gardant l’endométriose et ses risques associés sous contrôle !

 

À savoir :
Le suivi de la ménopause en cas d’endométriose passe aussi par : un suivi régulier en imagerie des lésions connues ; les dépistages réguliers des cancers du sein, du col de l’utérus, de la thyroïde, et du côlon ; le suivi de la santé cardiovasculaire (hypertension, cholestérol, diabète, poids) et enfin, le suivi de la santé osseuse.2,3
Endométriose et ménopause : Quelles solutions possibles ?
La base : les mesures hygiéno-diététiques

Des gestes simples, mais efficaces, pour réduire les symptômes de la ménopause et protéger son capital santé.9,5,10 Vous pouvez les retrouver dans notre article “Traitement de la ménopause : hormones ou pas ?” 

Le traitement hormonal de la ménopause (THM)

La question du THM est centrale. C’est le traitement hormonal de référence des 10 premières années de la ménopause. C’est aussi un traitement efficace sur les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale et la prévention de l’ostéoporose. Il permet de diminuer le risque de maladie cardiovasculaire s’il est débuté entre 50 et 60 ans.9,5,10 Enfin, il prévient le déclin cognitif, si pris jusqu’à au moins 50 ans en cas de ménopause précoce.10,11

Dans le cas général, le THM associe œstrogènes et progestérone ou ne comporte que des oestrogènes (pour les patientes hystérectomisées). Dans le cas de l’endométriose, il nécessite une adaptation particulière, car si ces traitements soulagent les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale ou les troubles du sommeil, ils peuvent aussi, mal utilisés, réactiver l’endométriose.2

Les œstrogènes : utiles mais à manier avec précaution

Seuls ils peuvent stimuler les foyers d’endométriose résiduels. Ils doivent donc toujours être associés à un progestatif en cas d’endométriose, même si votre utérus a été retiré par chirurgie.2

Les progestatifs : la protection nécessaire

En bloquant l’effet stimulant des œstrogènes sur l’endomètre et les lésions d’endométriose, les progestatifs permettent de limiter le risque de récidive de la maladie. Ils peuvent aussi protéger du risque de cancer de l’utérus et de la possible (mais rare) transformation des lésions d’endométriose en lésions cancéreuses à l’âge de la ménopause.2

Les schémas et voies d’administrations recommandées par la littérature2

  • THM combiné (œstrogènes + progestatif) en continu (tous les jours sans interruption)
  • Voie cutanée (patch, gel) pour les œstrogènes
  • Voie orale ou locale selon la tolérance pour les progestatifs
  • Préférence pour les formes micronisées ou à profil physiologique proche de la progestérone naturelle pour les progestatifs.

Bien sûr certaines contre-indications existent, notamment en cas d’antécédent de cancer du sein ou de l’utérus, d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC), de pathologies graves du foie ou de maladies auto-immunes comme le lupus. Votre médecin évaluera l’ensemble des contre-indications avant de vous proposer un THM adapté.9,10

Les traitements médicaux non hormonaux

Certains traitements non hormonaux peuvent soulager les symptômes de la ménopause, notamment les bouffées de chaleur, en particulier chez les femmes qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas utiliser d’hormones.5,10 Votre médecin pourra vous exposer les différentes options disponibles.

Il existe aussi des solutions locales comme les hydratants et lubrifiants vaginaux, qui peuvent améliorer durablement le confort intime et urinaire. En cas de gêne importante, d’autres approches (gymnastique périnéale, dilatateurs vaginaux, laser) peuvent être envisagées au cas par cas.5,10

N’hésitez pas à en parler avec votre médecin pour explorer les options de traitement de la ménopause les mieux adaptées à votre situation !

Les approches complémentaires

Les méthodes naturelles ont été essentiellement évaluées dans la prise en charge des bouffées de chaleur.5 Mais attention en cas d’endométriose : certains produits dits « naturels » à effet œstrogénique (comme les phytoœstrogènes), pris sans contrôle médical, pourraient entretenir les lésions d’endométriose !3

Pour en savoir plus sur les méthodes naturelles et approches complémentaires, retrouvez notre article « Ménopause & bouffées de chaleur : quelles solutions ?» 

Conclusion

Pour la majorité des femmes, endométriose et ménopause font plutôt bon ménage : les symptômes et douleurs s’estompent. Mais ce n’est pas le cas pour toutes. Certaines voient leurs douleurs persister, d’autres découvrent la maladie après l’arrêt des règles. Le fait d’avoir eu de l’endométriose change aussi la manière d’aborder la ménopause. L’essentiel ? Rester à l’écoute de son corps et avancer avec un suivi sur-mesure… pour que la ménopause devienne vraiment un nouveau chapitre plus serein.

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Références

  1. La ménopause et l’endométriose [Internet]. EndoFrance; 2025 [consulté le 16 sept 2025]. Disponible sur : https://endofrance.org/la-maladie-endometriose/menopause-endometriose/
  2. Erel T, et al. EMAS clinical guide: Endometriosis and menopause. Maturitas. 2025;186:111936.
  3. Secosan C, et al. Endometriosis in menopause—Renewed attention on a controversial disease. Diagnostics (Basel). 2020;10(3):134.
  4. fr. Ménopause : définition, symptômes et diagnostic [Internet]. Caisse Nationale d’Assurance Maladie; 2025 [consulté le 6 juin 2025]. Disponible sur : https://www.ameli.fr/paris/assure/sante/infarctus-myocarde-femme/menopause/symptomes-diagnostic
  5. Trémollières F, et al. Les femmes ménopausées : recommandations pour la pratique clinique du CNGOF et du GEMVi (texte court). Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie. 2021;49(5):305-17.
  6. Harlow SD, et al. Abnormal uterine bleeding is associated with fatigue during the menopause transition. Menopause. 2025;32(6):499-504.
  7. Réseau de l’Endométriose du Canada. Guide à l’intention des personnes atteintes d’endométriose : la ménopause [Internet]. 2023 [consulté le 6 juin 2025]. Disponible sur : chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://endometriosisnetwork.com/wp-content/uploads/2024/03/TENC-1_GuideForEndoMenopause_Resource_FR_v4.1.pdf
  8. Cumming GP, et al. Web-based survey on the effect of menopause on women’s libido in a computer-literate population. Menopause Int. 2009;15(1):8-12.
  9. Ménopause [Internet]. 2023 [consulté le 9 juin 2025]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/menopause/
  10. Groupe d’Étude sur la Ménopause et le Vieillissement hormonal (GEMVi). Fiche d’information patiente : la ménopause et son traitement. 2020
  11. Derniers stocks – C’est quoi la préménopause ? [Internet]. 2023 [consulté le 9 juin 2025]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/c-est-quoi/derniers-stocks-cest-quoi-la-premenopause/

FR-TW-1025-007-A

Pour aller plus loin sur le sujet de l’endométriose,
voici quelques ressources fiables sélectionnées par L’équipe Think Women

Inserm – Dossier : Endométriose, une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue Un dossier complet réalisé avec des experts, mis à jour en 2024, qui détaille la maladie, ses mécanismes, le lien avec l’infertilité et les pistes de recherche. Disponible en ligne : https://www.inserm.fr/

EndoFrance – Association française de lutte contre l’endométriose – Le site de l’association de patientes EndoFrance regorge de ressources, d’actualités et de témoignages. Vous y trouverez du soutien, des conseils pour mieux vivre avec la maladie, et les dernières avancées (stratégie nationale, centres spécialisés…). Disponible en ligne : https://endofrance.org/

Réseau de l’Endométriose du CanadaGuide patiente : Guide à l’intention des personnes atteintes d’endométriose : la ménopause. Disponible en ligne sur GuideForEndoMenopause_Resource.pdf